Un habitat du Ve s. av. J.-C. sur l’éperon d’Estarac à Pouvourville (Haute-Garonne)

 

EPMP-ESTARAC-RGOURVEST-VUE-GARONNE-ILL-0Vue de la Garonne depuis le plateau d’Estarac. Photo R. Gourvest.

L’habitat de hauteur d’Estarac se situe au sud de l’agglomération de Toulouse, sur la commune de Pouvourville, à la limite avec celle de Vieille-Toulouse. Il se trouve avantageusement placé sur un des coteaux de Pech-David, dominant la vallée de la Garonne, non loin de la confluence Garonne/Ariège ainsi que de l’Hers (fig. 1). Il est également localisé à proximité d’un autre habitat de hauteur bien connu, puisqu’antérieurement fouillé par Léon Joulin, André Soutou, puis André Müller, celui du Cluzel. De superficie relativement restreinte, l’éperon d’Estarac n’a probablement été occupé que partiellement, mais il n’a pas été entièrement sondé.

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Figure 1 : Représentation de la vallée de la Garonne au sud de Toulouse
(Sérée 2008, d’après Moret et al. 2002).

Historique des recherches

Le site d’Estarac suscite l’intérêt des archéologues au moins depuis 1961, date à laquelle Georges Fouet et André Soutou mènent les premières investigations sur trois puits du Second âge du Fer découverts lors de l’aménagement d’un établissement religieux (Labrousse 1962). Ceux-ci mettent au jour, au sein de l’un des puits, deux crânes et un squelette humains, les faisant pencher pour l’hypothèse de puits funéraires. Jusqu’en 1971 d’autres puits de la fin de l’âge du Fer seraient fouillés, ainsi que quelques fosses et un dépotoir de bronzier, principalement dans la zone sud de l’éperon (Labrousse 1964 ; 1972).
Parallèlement à ces découvertes, un habitat du Premier âge du Fer est mis au jour fortuitement en 1968 : suite à une reprise des labours est révélé un affleurement de tessons de céramique, de galets, de charbons de bois et d’ossements animaux. André Müller et Michel Vidal, archéologues en charge respectivement du site voisin du Cluzel et des investigations sur l’éperon, entreprennent rapidement une série de sondages dans le but de permettre la remise en culture de la parcelle (Müller, Vidal 1968).

Découvertes et éléments de chronologie

Précisons tout d’abord que les fouilles concernent une des parties les plus occidentales de l’éperon d’Estarac, qui se situe à flanc de coteau et surplombe  presque directement la Garonne. L’emprise des investigations s’étend sur une aire de 20 m² environ (fig. 2).

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Figure 2 : Carte de répartition des vestiges découverts sur l’éperon d’Estarac (R. Gourvest, d’après originaux de M. Vidal).

Légende : 1, 2 et 6 : fosses de la fin de l’âge du Fer ; 3 : dépotoir de bronzier de la fin de l’âge du Fer ; 4, 5, 6, 7 et 8 : puits de la fin de l’âge du Fer ; 9 : habitat du  Ve siècle av. J.-C. ; 10, 11 et 12 : structures non définies

A 30 centimètres de profondeur et sur la moitié de la surface décapée, les fouilleurs ont mis au jour un calage de poteau et un aplat de galets n’ayant aucune forme particulière mais formant un ensemble cohérent. Cet agencement, accusant un léger pendage dans le sens naturel de la pente, n’étant constitué que d’une seule assise, André Müller et Michel Vidal l’ont interprété comme les restes d’un sol d’habitat (fig. 3).
Sous ce sol, en partie nord-est de l’emprise, les chercheurs ont mis au jour un foyer associé à une couche de cendres, riche en fragments céramiques, objets métalliques et restes de faune.

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Figure 3 : Plan des structures mises au jour à Estarac
(d’après André Muller et Michel Vidal).

Au total, 533 fragments de céramique ont été mis au jour, appartenant à un minimum de 86 vases. Leur faciès confirme une occupation de type domestique. Cette interprétation est confortée par la présence d’un axe de dévidoir en terre cuite et de plusieurs percuteurs en galet (fig. 4). En parallèle, des éléments de parure en bronze et en coquillage ont également été recueillis, ainsi que divers objets en métal, comme un rasoir en fer ou quelques fragments de lame.

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Figure 4 : Axe de dévidoir en terre cuite (1) et galet percé (2) découvert à Estarac
(d’après André Muller et Michel Vidal).

L’étude de ce mobilier a permis aux chercheurs de situer l’occupation entre le milieu du VIe et le début du Ve siècle av. J.-C. (Müller, Vidal 1968), en regard de la présence de trois fragments de céramique attique (fig. 5), d’une lèvre d’amphore massaliète (fig. 6) et de fragments de céramique peinte à pâte claire (figure 7). La reprise d’étude des importations permet de resserrer l’occupation sur le 2ème quart du Ve siècle av. J.-C. (Milcent et al., à paraitre).

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Figure 5 : Fragments de céramique attique découverts sur l’éperon d’Estarac (cliché R. Gourvest).

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Figure 6 : Fragment de bord d’amphore massaliète mis au jour sur l’éperon d’Estarac (cliché R. Gourvest).

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Figure 7 : fond de céramique à pâte claire (dessin et cliché R. Gourvest).

 

Synthèse

Malgré une emprise réduite, la fouille de l’habitat de hauteur d’Estarac révèle un site remarquable (fig. 8). Estarac se place, tout d’abord, à un point géographique stratégique de la moyenne vallée de la Garonne, à la confluence de plusieurs cours d’eau, majeurs dans les réseaux d’échanges, que sont la Garonne, l’Ariège et l’Hers. Il est donc avantageusement situé non loin d’un point de rupture de charge sur l’axe Aude-Garonne bénéficiant d’une certaine ouverture sur le littoral méditerranéen, comme le confirme la présence d’importations grecques. Il tient une place prépondérante dans l’étude globale des réseaux d’échanges du sud-ouest français au Premier âge du Fer et de leur impact sur les populations locales. Le mobilier associé se rattache pour partie au faciès culturel de la fin du premier âge du Fer du Languedoc intérieur occidental, mais il est également empreint de particularismes locaux. En cela, il peut être mis en relation avec son voisin contemporain, l’habitat de hauteur du Cluzel, mais aussi avec d’autres occupations plus éloignées appartenant à la sphère languedocienne, telles que le site du Cayla à Mailhac (Aude).

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Figure 8 : Cliché représentant le niveau de sol de l’habitat d’Estarac
(Photo André Muller / Michel Vidal).

 

Bibliographie

Labrousse 1962 : LABROUSSE (M.) – Informations archéologiques. Circonscription de Toulouse. Gallia, 20, fascicule 2, 1962, pp. 547-609.

Labrousse 1964 : LABROUSSE (M.) – Informations archéologiques. Circonscription de Toulouse. Gallia, 22, fascicule 2, 1964, pp. 427-472.

Labrousse 1972 : LABROUSSE (M.) – Informations archéologiques. Circonscription de Toulouse. Gallia, 30, fascicule 2, 1972, pp. 469-510.

Müller, Vidal 1968 : MÜLLER (A.), VIDAL (M.) – Estarac (Haute-Garonne). Habitat du premier Age du Fer. Rapport préliminaire. DRAC-SRA Midi-Pyrénées.

Serée 2008 : SEREE (F.) – Étude du mobilier céramique du site du Cluzel : De la fin de l’Âge du Bronze au début du second Âge du Fer. Mémoire de master, université de Toulouse II, 2008, 111 p.


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