Toulouse (Haute-Garonne) – ZAC Niel – Nécropole

Localisation : Toulouse (Haute-Garonne)

Nom du site : ZAC Niel

Type de site : Site funéraire

Mots-clefs : nécropole ; Protohistoire ; Bronze final ; Premier âge du Fer ; crémation ; inhumation

Le site de la ZAC Niel se situe au sud de l’agglomération actuelle de Toulouse à peu près à 500 mètres des bords de la Garonne, aux pieds des coteaux de Pech David, sur un secteur de basse terrasse relativement protégé des inondations. Outre sa proximité avec le fleuve, l’un des attraits principaux de sa topographie est le fait qu’elle prenne place au niveau du seuil de Toulouse, emplacement relativement plat, entre le Pech David au sud et la butte de Guilhemery au nord.

Historique

Des incertitudes demeurent sur la taille réelle de la nécropole protohistorique. Celle-ci est connue depuis le début du XXe siècle puis sporadiquement fouillée. Léon Joulin avait déjà observé en 1901, parmi les « cent cinquante cavités, renfermant des sépultures toutes d’incinération », « une quinzaine de sépultures simples […] de petites cavités cylindriques, au fond desquelles […] l’urne est placée sur un lit de cendre et de charbon » (Joulin 1912). Des passionnés comme Georges Baccrabère, Bernard Marty et Michel Labrousse et Michel Vidal, membres de la Direction des Antiquités Historiques de Midi-Pyrénées, y ont également menés des fouilles de sauvetages. Ils n’ont mis au jour aucune incinération sur le site de la caserne, mais à proximité, au n°96 de la rue du Férétra en 1973 (Vidal com. pers, Labrousse 1978). Plus récemment, les diagnostics et fouilles menés par l’Inrap en 2001 et 2005 ont permis de découvrir six incinérations en dépôt secondaires. L’ouverture de plus de 2,5 hectares à l’emplacement de l’ancienne caserne Niel réalisée dans le cadre d’une fouille préventive menée par la société Archeodunum, d’octobre 2009 à juillet 2011, a permis d’avoir une meilleure vision de cet ensemble occupé du Bronze final au Premier âge du Fer (entre 950 et 550 av. J.-C. environ).

Lors de cette fouille, les vestiges d’autres périodes ont été mis au jour : Néolithique moyen et final (Chasséen ancien, moyen et récent) et du Chalcolithique (Campaniforme) entre 4500 et 2000 av. J.-C. environ. Une grande occupation de la fin du Second âge du Fer a été fouillée sur l’ensemble de la ZAC. Ensuite, après l’abandon du secteur durant tout le Ier s. av. J.-C., une parcellarisation de la zone, datée de la fin du Ier s. av. J.-C. et du IVe s. ap. J.-C, certainement due à la mise en culture des terres pendant toute l’époque romaine, est observée. Un petit secteur funéraire, à l’ouest de l’emprise de fouille et daté du Ier s. ap. J.-C., a été mis au jour avec la présence d’une tombe-bûcher, de deux incinérations en dépôt secondaire et trois inhumations. Cette occupation funéraire est certainement à mettre en relation avec la grande nécropole s’étendant au sud de la ville romaine, le long de la voie la reliant à Narbonne. Enfin, des fossés de parcelles se succèdent pendant le Moyen Âge et la période moderne. Pour le tout début de la période médiévale, dans le courant du VIIIe s. ap. J.-C., on note la présence de la sépulture isolée d’un enfant.

Résultats

La nécropole protohistorique de la ZAC Niel contenait au moins 80 tombes dont 76 incinérations en dépôt secondaire, principalement individuelles, une inhumation primaire et trois structures sans os potentiellement assimilables à des tombes.

Une périodisation, s’étendant de 950 à 550 av. J.-C. et divisée en quatre phases, a pu être proposée (figure 1).

EPMP-notice-ZAC-NIEL-Rousseau-figure1Figure 1 : plan de répartition des tombes de la ZAC Niel d’après leur phasage.Florent Ruzzu, Archeodunum.

Phase I

Neuf structures sont attribuables à cette phase rattachée au Bronze final III (950-800 av. J.-C.), ce que confirment les datations par 14C réalisées sur trois tombes (figure 2). On constate une relative variabilité de la forme des fosses. Celles oblongues sont les plus anciennes au sein de la nécropole et montrent des pratiques mixtes de crémation et d’inhumation (type particulier de tombe avant le passage à la crémation exclusive au Bronze final IIIb ? Différence de traitement funéraire entre adultes et immatures ? Statut social ou économique particulier ?).

EPMP-notice-ZAC-NIEL-Rousseau-figure2Figure 2 : Planche récapitulative des éléments céramiques et métalliquescaractéristiques des phases I, II et III de la nécropole de la ZAC Niel. Florent Ruzzu, Archeodunum.

Les autres sépultures à incinération sont caractérisées par le dépôt d’un vase cinéraire, fermé par un autre récipient, majoritairement des plats tronconiques, dans une fosse étroite où reposent également les résidus du bûcher. Par ailleurs, le poids moyen d’ossements humains brûlés (796 g) dans les tombes est le plus élevé de toutes les phases.

Les jattes bitronconiques à col plus ou moins rentrant présentent des décors variés à double trait. Les pots biconiques à col droit et à la lèvre biseautée vers l’intérieur montrent deux ou trois cannelures jointives sur l’épaulement. Ces deux types de vase ossuaire caractérisent cette phase (figure 3). Les objets métalliques en alliage cuivreux découverts dans l’inhumation sont également attribuables à un horizon ancien du Bronze Final III.

Phase II

Cette phase, datée de la transition entre l’âge du Bronze et le Premier âge du Fer (775-725 av. J.-C.), est représentée par 18 incinérations en dépôt secondaire (figure 2), dont certaines sans résidus du bûcher dans le comblement de la fosse. Le poids moyen d’ossements diminue durant cette phase (294 g).

Le répertoire céramique change radicalement par rapport à la phase précédente (figure 3). Les vases ossuaires sont de forme globulaire à col déjeté ou col droit, de hauteur plus grande que le diamètre d’ouverture. Celles à col droit présentent des méplats sur la partie supérieure de la panse. Les vases sont peu décorés même si l’on voit se développer les décors au grènetis à la liaison du col et de la panse et à l’épaulement de la panse. Dans la continuité du Bronze final, quelques couvercles sont décorés à l’intérieur, le plus souvent sur le bord, au trait simple. C’est durant cette phase que les premiers objets en fer font une apparition timide dans les tombes, même s’ils sont issus des résidus de bûcher et non d’un dépôt volontaire.

Phase III

Datable du Premier âge du Fer ancien (725-675 av. J.-C.), cette phase comprend 27 incinérations en dépôt secondaire (figure 2), dont certaines sans résidus du bûcher dans la fosse. Le poids moyen d’ossement dans la tombe augmente (625 g), sans pour autant atteindre les poids de la phase I. Au sein de l’ossuaire, les objets en fer font leur apparition, de même que les vases d’accompagnement positionnés sur le couvercle ou accolés au vase ossuaire.

Les vases cinéraires sont toujours des jattes, mais plus trapues qu’à la phase précédente (figure 3). Leur diamètre d’ouverture est plus grand que leur hauteur, les grènetis se développent et la majorité des vases ossuaires en sont alors pourvus. Le répertoire décoratif est plus diversifié, mais reste assez homogène, avec des séries de chevrons incisés au trait simple. Certains couvercles sont décorés sur le bord intérieur d’une combinaison de chevrons incisés. Les gobelets globulaires apparaissent dans le dépôt funéraire en tant que vase d’accompagnement. Par ailleurs, on note l’apparition de cabochons en alliage cuivreux dans certains résidus de bûcher.

EPMP-notice-ZAC-NIEL-Rousseau-figure3

Figure 3 : Planche récapitulative des éléments céramiques et métalliques caractéristiques des phases IVa et b de la nécropole de la ZAC Niel. Florent Ruzzu, Archeodunum.

Phase IV

Le premier âge du Fer moyen (675-550 av. J.-C.), comprend 18 sépultures et a été subdivisée en deux parties, a et b (figure 2). Les ossements se trouvent le plus souvent dans un vase auquel peuvent être associés jusqu’à 12 vases d’accompagnement rayonnant autour du vase cinéraire. Les dépôts volontaires d’objets métalliques non brûlés apparaissent. Les dépôts sont placés dans l’ossuaire lors de la phase IVa alors qu’ils sont situés dans la fosse sépulcrale durant la phase IVb.

Le poids global moyen des ossements déposés dans la tombe diminue considérablement au cours de cette phase pour atteindre sa valeur moyenne la plus basse (291 g).

Le répertoire typologique est en rupture avec la phase précédente (figure 4). Les coupes hémisphériques et les gobelets carénés à col concave apparaissent. Certains couvercles sont décorés sur le bord intérieur de chevrons incisés. Des pots à panse globulaire et col concave haut servent d’ossuaire. Durant la phase IVb, ils ont tendance à devenir plus globuleux et ouverts et le col plus court. De même, les pots carénés à haut col concave apparaissent et sont majoritairement utilisés comme vase ossuaire. Les plats tronconiques perdent leurs cannelures internes et présentent une surface lisse et polie à l’intérieur. Enfin, les seuls décors utilisés consistent en l’application d’une peinture rouge couvrant la quasi-totalité du vase sur la face extérieure, parfois à l’intérieur, permettant d’appliquer d’autres motifs décoratifs à la barbotine ou au graphite. Deux torques en fer et deux tombes contenant des éléments de brassard en bronze ont été mis au jour.

EPMP-notice-ZAC-NIEL-Rousseau-figure4Figure 4 : tombes caractéristiques des phases I, II, III et VI a et b. Clichés Archeodunum. 

Synthèse

Les analyses carpologique, anthropologique et zoologique renseignent sur la constitution et la gestion du bûcher funéraire, pour toute la durée d’occupation du site. Des restes de plantes alimentaires (céréales, légumineuses, fruits) et des préparations alimentaires (galette/pâtisserie ?) ainsi que des plantes sauvages (graines et tiges) ont été observés ; les deux premiers types de restes étant le plus souvent associés. Si les premières semblent pouvoir être considérées comme des offrandes, les plantes sauvages pourraient avoir servi de combustible au bûcher. Par ailleurs, la coloration des os, leur fragmentation et la représentation pondérale de chaque grande région anatomique traduisent des corps entiers brûlés frais à des températures excédant les 600°C. De plus, la nature des objets métalliques issus des résidus du bûcher suggère que les défunts étaient parés lors de leur crématisation. La collecte des os sur le bûcher n’est quant à elle jamais exhaustive et semble avoir été faite aléatoirement. Enfin, la coloration des os animaux ayant subi l’action du feu traduit un degré moindre de chauffe qui pourrait être liée à leur situation périphérique sur le bûcher.

La fouille de la nécropole de la ZAC Niel a révélé un important ensemble funéraire, le seul de cette taille connu à ce jour dans le Toulousain. Il a fonctionné du début du Xe s. jusqu’à la seconde moitié du VIe s. av. J.-C. Sa mise au jour a permis d’éclairer nos connaissances sur les pratiques funéraires entre le Bronze final et le Premier âge du Fer moyen, mais aussi, sur le mobilier contenu dans les sépultures. Les différentes analyses, de l’objet dans la tombe à l’ensemble de cette dernière, ont permis d’identifier une séquence chronologique, de déterminer le contexte culturel et d’observer l’évolution des pratiques funéraires. L’ancienneté de l’occupation avec ses fosses oblongues et la mixité des traitements du corps (inhumation et incinération) s’avère particulièrement intéressante, car les nécropoles similaires connues dans le midi de la France apparaissent plutôt à la fin du Bronze final IIIb et sont à crémation uniquement (Janin et al. 2002 ; Lenorzer 2009). La céramique de la nécropole fait partie d’un faciès garonnais, à rattacher plus généralement au contexte culturel mailhacien (Janin 2001), mais avec des caractéristiques locales. Les objets métalliques s’inscrivent dans un domaine ibéro-languedocien avec quelques affinités issues de la sphère pyrénéenne (Nickels et al. 1989 ; Giraud et al. 2003). La gestion des ossements semble plutôt faire partie d’un fond commun au midi de la France et au nord de l’Espagne, les Pyrénées n’apparaissant pas comme une barrière culturelle (Dedet 2004).

Il semble également qu’en termes d’organisation des dépôts, si au départ, les affinités sont à rechercher plus au nord, vers les contreforts occidentaux du Massif Central, la dernière phase d’occupation de la nécropole tend vers des pratiques plus languedociennes tout en gardant un faciès local. En effet, si l’architecture interne et les dépôts ont des analogies avec les sépultures languedociennes, ils se distinguent largement par le choix des vases ossuaires ou des objets métalliques et leur situation dans la fosse sépulcrale. Ainsi, la nécropole de la ZAC Niel s’inscrit dans le schéma général des grandes nécropoles à crémation du sud de la France, mais avec les particularités d’une communauté qui a ses propres rituels.


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