L’établissement rural de Montbartier

L’établissement rural gaulois du lieu-dit Raimon Jouan à Montbartier se localise à environ trois kilomètres du village. Le site est situé dans la zone d’interfluve entre la vallée de la Garonne et la vallée du Tarn, sur une éminence également connue sous le nom de plateau de Lavilledieu, progressivement formée par l’accumulation d’alluvions liées aux moyennes et basses terrasses du Tarn.

À l’ouest ce plateau est peu à peu érodé par le cours de la Garonne. Localement le sol y est composé de sédiment argilo-limoneux très peu drainant.

Le site a été identifié en 2010 lors d’un diagnostic archéologique mené par Christophe Requi (Inrap). La plus grande partie de l’établissement a été fouillé au printemps 2011 par une équipe de la société Archeodunum sous la direction scientifique de Nicolas Delsol.

La ferme gauloise de « Raimon Jouan » se localise plus précisément au sommet d’une légère éminence bordée par deux dépressions naturelles situées au nord et au sud. Deux enclos quadrangulaires fossoyés dont la période d’utilisation correspond à la seconde moitié du IIe siècle avant J.-C. en constituent les éléments structurants. L’emprise définie par ces enceintes a révélé diverses fosses, puits et trous de poteau témoignant de l’occupation des lieux et des activités qui s’y sont développées.

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Vue depuis l’ouest des trous de poteaux constituant les vestiges d’un bâtiment carré localisé au sud-ouest

Un premier enclos de forme trapézoïdale ceint une zone vaste de plus de 2 hectares à l’ouest du secteur. La fouille systématique de son comblement a permis d’en tirer de grandes quantités de mobilier, notamment de céramiques régionales et d’amphores. Ce matériel archéologique provient pour l’essentiel de zones très localisées du remplissage du fossé correspondant à des concentrations élevées en déchets. L’étude spatiale de ces zones de concentration a permis d’identifier pas moins de quatre secteurs. Souvent associés à des trous de poteau situés à proximité, ils trahissent ainsi la présence de bâtiments en matériaux périssables (terre et bois). L’étude de la composition de la vaisselle tend à associer ces édifices à des activités domestiques. La branche septentrionale de ce premier enclos présente un aménagement original associé à la gestion de l’eau drainée par les fossés de l’enceinte. En contrebas de la butte, le fossé se divise en deux pour mener d’un côté à une branche qui s’interrompt après une trentaine de mètres et de l’autre à un vaste bassin de près de 15 m de long pour 2 m de large. Ce dispositif creusé dans l’argile imperméable de l’encaissant visait probablement à stocker de grandes quantités d’eau. L’analyse des pollens ainsi que la morphologie du bassin font avancer l’hypothèse d’une aire de rouissage.

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Plan de la fouille de l’établissement rural gaulois de Raimon Jouan à Montbartier.

Le second enclos, abandonné à l’extrême fin du IIe s. av. J.-C., se trouve plus à l’ouest. Sa portion nord-occidentale a été fortement arasée du fait de l’installation d’une ferme à l’époque moderne. Plus petit (1 ha), il affecte en plan la forme d’un parallélogramme de 80 m de côté. Le mobilier y abonde également, avec une proportion plus importante de fragments d’amphore. Les zones de concentration de mobilier dans le comblement du fossé d’enclos font apparaître un secteur de rejet privilégié dans la branche nord, correspondant à un petit groupe de fosses liées à un bâtiment. Il est intéressant de noter que, dans le premier enclos, une concentration similaire occupe le même secteur, suggérant ainsi la persistance de cette unité sur l’ensemble de la durée d’occupation du site. L’est de l’enclos est enfin marqué par un léger ressaut dans le fossé, long d’une dizaine de mètres, en relation avec une entrée dans l’enceinte.

Outre un abondant mobilier céramique, la fouille a exhumé des déchets liés à des activités de forge. Relativement épars et peu abondants, ils témoignent d’une production limitée. Les restes organiques, très dégradés du fait de la nature acide du sédiment, permettent toutefois de tirer quelques conclusions sur les activités pratiquées sur les lieux. Le spectre pollinique montre un milieu plutôt ouvert avec les marqueurs typiques de la céréaliculture mais aussi d’activités pastorales. Les rares vestiges de faune mis au jour confirment cette tendance avec la présence potentielle d’un élevage d’ovicaprinés.

Le site rural de « Raimon Jouan » constitue en résumé un bon exemple d’établissement agro-pastoral gaulois avec les traces de toute une série d’activités caractéristiques de ce type de site : habitat, forge, agriculture et élevage.

Références

Delsol N. 2012, Montbartier (Tarn-et-Garonne), Raimon Jouan, Rapport final d’opération, Toulouse, Archeodunum, 2012.

Requi Chr. 2010, Cassi, Raimon Jouan, Nauroubert, (Montbartier, Tarn-et Garonne), Rapport de diagnostic, St-Orens, INRAP GSO, 2010.


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