Ateliers de potier

Durant le Second âge du Fer, le sud-ouest de la France livre la plus grande concentration de fours de potier découverte sur le territoire national. Sur les 40 sites fournissant des fours de potiers ou des indices de leur présence, seize d’entre eux se trouvent en Midi-Pyrénées (fig.1).

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Fig. 1 – Carte des fours de Midi-Pyrénées – Thomas Le Dreff

Les fours en question possèdent une sole dont la morphologie est caractéristique du Sud-Ouest. Il s’agit de structures essentiellement excavées et construites en argile crue non maçonnée. Le four est composé de six éléments : la fosse d’accès, l’alandier, la chambre de chauffe, le support de la sole, la sole et le laboratoire (fig. 2). La fosse d’accès communique avec la chambre de chauffe par l’intermédiaire d’un couloir souterrain, l’alandier. Pour réaliser la cuisson d’une fournée de céramique, l’officiant exécute depuis cette fosse la mise à feu et l’entretien du combustible à l’entrée de l’alandier. Les fumées et les flammes pénètrent alors dans la chambre de chauffe dont le fond, situé au même niveau que celui de l’alandier, est souvent incliné vers la fosse d’accès afin d’augmenter le tirage. Au-dessus de la chambre de chauffe se trouve la sole qui est constituée de pains d’argile espacés et disposés de façon rayonnante. Les vases, déposés sur cette sole, peuvent ainsi être protégés des flammes tout en recevant la chaleur nécessaire à leur cuisson. Différents types de support ont été remarqués (pilier central circulaire ou oblong, languette, deux murets centraux ou grand mur central). L’espace occupé par les vases à cuire correspond à celui du laboratoire, rarement bien conservé. Dans la plupart des cas, celui-ci prend la forme d’un cylindre ou d’une section de cône ouvert. Le recouvrement du laboratoire est alors assuré par des panses de céramiques ou d’amphores le temps de la cuisson.

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Fig. 2 – Dessin d’un four de potier – DAO F. Comte

Les structures archéologiques documentant les autres étapes de la chaîne opératoire de la conception des vases sont moins bien connues. En Midi-Pyrénées, il existe tout de même deux sites ayant livré des indices remarquables sur ce sujet. Dans l’atelier de potiers de Vieille-Toulouse (Haute-Garonne) à la Planho, on a mis au jour à côté des fours quelques fosses dont la morphologie et le remplissage semblent caractéristiques de structures de préparation de l’argile : bassin de lavage, fosse de décantation et aire de malaxage (Vidal 1975 ; Le Dreff 2011). Sur le même site, une importante structure interprétée comme une fosse d’extraction d’argile a été découverte à une quarantaine de mètres au sud-ouest de ces fours. À Cazères (Haute-Garonne), d’autres fosses pourraient témoigner des phases d’extraction et de stockage de l’argile (Manière 1978). Les bâtiments de l’atelier sont eux aussi très mal documentés, alors qu’il paraît évident que les fours devaient être protégés des intempéries pour ne pas être détériorés. Ce n’est qu’autour d’un des fours de l’atelier de Simorre (Gers) qu’ont été remarqués quelques trous de poteau qui pourraient être mis en relation avec une superstructure de protection. On a également identifié à proximité de ces fours différentes fosses contenant des rebuts de cuisson témoignant de la gestion des déchets dans l’espace de production (Izac-Imbert, Abila 2007).

Des regroupements de plusieurs fours sont recensés sur les sites de Saint-Michel-du-Touch (Haute-Garonne), de Vieille-Toulouse, de Cazères, de Montans (Tarn) et de Simorre (Le Dreff 2011). Rares sont les cas où plusieurs fours partagent une même fosse d’accès (trois fours à Vieille-Toulouse et trois autres à Montans) et leur fouille a permis de réfuter l’hypothèse d’une utilisation synchrone. Il est difficile de connaître les modalités d’utilisation des fours (saisonnière ou continue) et leur durée de vie. Bien que leur construction soit assez facile à mettre en œuvre, les traces de réfection remarquées dans plusieurs fours témoignent d’une volonté d’inscrire dans le temps leur utilisation.

Les ateliers de potier sont systématiquement associés à un habitat groupé lorsque l’environnement archéologique des fours est connu. On assiste plutôt à un phénomène d’autosuffisance en céramique de tradition régionale qui nuance l’idée d’une diffusion des ateliers au-delà du cadre local. Toutes les céramiques de facture régionale recueillies dans les ateliers de potier ne sont pas forcément le reflet de leur production mais les données disponibles indiquent que les ateliers fournissent avant tout des vases de consommation courante et de première nécessité que l’on remarque très fréquemment en contexte d’habitat. En premier lieu on trouve le récipient le plus commun du service de table, l’écuelle, suivi du pot généralement ovoïde qui selon les cas peut correspondre aux besoins de stockage usuel (pot tourné) ou aux préparations culinaires traditionnelles (pot modelé). Enfin, le stockage à plus long terme est également une préoccupation régulière dans la vie quotidienne qui conduit les potiers à conférer une place de choix aux jarres dans certains ateliers, comme par exemple à Saint-Michel-du-Touch (Le Dreff 2015).

La chronologie des ateliers de potier n’est actuellement maîtrisée que pour quelques-uns ayant fait l’objet de fouilles récentes ou d’une reprise de la documentation. Seul un four issu de Saint-Michel-du-Touch et fouillé par Georges Simmonet dans les années 1960 (Rolland 2006, Le Dreff 2015) témoigne d’une période d’activité de la fin du IVe ou du début du IIIe s. av. J.-C. La deuxième moitié du IIe s. av. J.-C. semble être une période privilégiée pour le fonctionnement des ateliers de potier dans le Sud-Ouest, faisant certainement écho à un développement économique et un accroissement démographique conséquents. En Midi-Pyrénées, cette période est bien illustrée pour l’atelier de Saint-Michel-du-Touch (au moins neuf fours sur les douze recensés, Le Dreff 2015). Certains ateliers témoignent d’une activité plus étalée dans le temps et débordant sur le siècle suivant (Touget dans le Gers : Gardes dir. 2008 ; Gardes et al. 2008 et Montans : Martin 1982), d’autres semblent davantage cantonnés dans la première moitié du Ier s. av. J.-C. (Simorre : Izac-Imbert, Abila 2007) voire dans le premier quart de ce siècle (La Planho à Vieille-Toulouse : Le Dreff 2015). Les données disponibles forment ensuite un hiatus jusqu’au dernier tiers du Ier s. av. J.-C. où les ateliers de Saint-Michel-du-Touch (Merleau dir. 2011 ; Galy et al. 2012 ; Le Dreff 2015 : deux fours fouillés) et surtout de Vieille-Toulouse (Vidal 1972 ; Boudartchouk dir. 2000 et 2007 : un four fouillé à La Planho et quinze fours diagnostiqués sur le plateau de Bordebasse) manifestent le maintien en activité de seulement quelques ateliers au début de l’époque gallo-romaine, à l’issue des réformes mises en place par Auguste.

En somme, la production céramique appartient notamment à une sphère artisanale dans laquelle des potiers spécialisés réalisent des vases qui témoignent quelquefois d’une standardisation très poussée au niveau de la forme ou encore de la taille (par exemple les cruches de Vieille-Toulouse, fig. 3).

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Fig. 3 – DAO Thomas Le Dreff d’après Vidal 1975 fig. 23-24 modifiées.

Les ateliers de potier sont situés en périphérie d’habitats groupés qui livrent également d’autres types de production artisanale, comme la métallurgie du fer ou du bronze (indices à Vieille-Toulouse, Toulouse-Saint-Roch, Montans et Esbérous-Éauze dans le Gers). Ces éléments contribuent ainsi à souligner le rôle économique majeur de ces établissements, illustré par ailleurs au niveau des échanges réalisés avec le monde méditerranéen (présence d’amphores vinaires et de céramiques de table et de cuisine de provenance italique ou ibérique). Certains de ces sites étant assurément des capitales de peuples (Esbérous pour les Elusates, Vieille-Toulouse/Saint-Roch pour les Volques Tectosages : Gardes 2002 ; Gardes, Vaginay, Bruxelles 2009), il est tout à fait envisageable qu’une partie du pouvoir des élites locales proviennent du contrôle de l’économie de production spécialisée.

Bibliographie

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Buchsenschutz O. (dir.) 2009, L’âge du Fer dans la boucle de la Loire, Les Gaulois sont dans la ville. Actes du 32e colloque de l’AFEAF, Bourges, 2008, Revue Archéologique du Centre de la France, 35e supplément, Tours, 461 p.

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